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Biographie

S’il emploie peu le mot « artiste », Gilles Cohen assimile volontiers son expérience de comédien et de metteur en scène à l’idée de « fabrique ». Les expériences s’imbriquent, ou pas, tissent parfois des fils pour la suite, mais peuvent aussi rater leur cible…Gilles Cohen a la passion des bricolages qui vous en apprennent chaque fois un peu plus en même temps qu’ils vous laissent terriblement ignorant, avide d’en savoir plus, résolument ouvert.
Une première rencontre donne le ton : c’est au Lycée Voltaire, à l’âge de 12 ans que Gilles Cohen découvre le théâtre grâce à son professeur de lettres, Soisik Moreau, passionnée par l’œuvre de Molière. Il participe à son atelier de la sixième à la terminale et joue chaque année une pièce du grand dramaturge. La langue de Molière, un deuxième berceau ? Apprendre à phraser correctement un vers, c’est capter l’esprit de finesse propre au classicisme français. Mieux qu’une leçon, une expérience fondatrice.
Et puis, il faut compter avec la fabrication des décors, des costumes, chercher les accessoires avec la prof et les copains… Germe le goût du collectif aussi. Sans le savoir, Gilles Cohen est en train d’apprendre son métier.
Hasard ? Toujours par le biais de l‘école, il découvre le cinéma : en 1978, Yves Boisset choisit son collège pour y tourner « La clé sur la porte ». C’est l’occasion d’incarner un « élève » d’Annie Girardot, et de croiser Patrick Dewaere, également au générique du film. Un chemin se précise…… qui le conduira, après le bac, aux portes du cours Florent. Gilles Cohen est reçu au concours de la classe libre. Années d’heureuse effervescence. Sentiment de liberté intense. Les occasions de rencontres inoubliables sont multiples : Francis Huster, son professeur, l’engage pour jouer dans le Cid aux côtés de Jean Marais et de Jean-Louis Barrault. Huster lui communique aussi sa passion du cinéma américain. Autre cadeau : la bienveillance et la générosité de Florent qui ne cesse d’encourager ses élèves à monter des pièces en leur prêtant ses locaux, qui les entraîne volontiers au musée, leur fait découvrir les pièces anglo-saxonnes, et stimule sans arrêt leur curiosité… Au cours Florent se croisent des personnalités très différentes : Gilles Cohen se forme aussi aux côtés de Pierre Roman, « très exigeant, allant au cœur de l’acteur, toujours à la recherche de l’émotion à fleur de peau… ». Avec lui, il découvre le théâtre allemand, Wedekind, Brecht, Botho Strauss. Un stage avec Maurice Bénichou le sensibilise à l’improvisation et surtout à l’art du travail d’équipe.
C’est encore Huster qui s’intéresse aux premiers travaux de mise en scène de Gilles et qui lui propose de monter « Les intimités d’un séminariste » d’Arthur Rimbaud au Théâtre du Rond Point. A 23 ans Gilles signe sa première mise en scène professionnelle et crée sa compagnie. Depuis il a monté 17 spectacles. « En devenant metteur en scène j’ai décidé d’arrêter de jouer alors que j’aurais pu continuer à mener les deux de front. Je crois que j’étais trop orgueilleux pour attendre qu’on m’appelle, et être tributaire du désir des autres. Et puis j’étais très impatient, je voulais monter les spectacles dont j’avais envie tout de suite. Très tôt, j’ai senti que j’avais le sens du casting et que la mise en scène me permettait aussi d’aborder le théâtre en des termes très concrets qui faisaient sans cesse appel à mon sens pratique. Je ne pense pas en esthète. J’aime chercher des solutions au cœur des contraintes matérielles, fabriquer, déconstruire… comme une bricoleur ! Et puis la mise en scène m’a permis de prendre quelques distances avec les rôles de types souffrants dans lesquels je me complaisais !!! »
Nouveau hasard ? Alors qu’il ne joue plus depuis 15 ans, Arnaud Desplechin propose à Gilles Cohen un petit rôle dans « Rois et reine ». Puis c’est Jacques Audiard qui l’engage pour « De battre mon cœur s’est arrêté ». Cette fois, le plaisir est là, et avec lui l’impression que les expériences de mise en scène ne l’avaient jamais séparé du travail d’acteur, au contraire.Depuis, Gilles Cohen a tourné dans une quinzaine de films tout en continuant à monter ses spectacles. Expériences qui s’imbriquent, donc, d’autant mieux qu’elles s’ancrent en permanence dans la réalité. « Les voyages, les rencontres, le quotidien avec mes enfants que je vois grandir… sont essentiels pour moi. C’est d’abord la vie qui m’apprend l’ouverture… »
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